Relations “maître-esclave” entre Paris et Abidjan : Les gaffes révélatrices de Fillon

Publié le par GUILLAUME DELLOH

 

François Fillon au côté d
François Fillon au côté d'Alassane Ouattara, le 15 juillet 2011 à la présidence.

Publié le lundi 18 juillet 2011 | Notre Voie - Le Premier ministre français, François Fillon, était à Abidjan, les 14 et 15 juillet derniers. Au cours de cette visite officielle, il a

rencontré les nouvelles autorités ivoiriennes et fait de nombreuses déclarations dont le décryptage dévoile l’état d’âme de la France à propos de ses relations avec son ex-colonie. Alliant gaffes et non-dits, M. Fillon a dévoilé, à son corps défendant, que la Françafrique est loin d’être « un logiciel dépassé ».Elle est bien vivante en Côte d’Ivoire depuis le 11 avril 2011.

Entouré du Premier ministre, Guillaume Soro Kigbafori, tout heureux, et de Mme Dominique Ouattara, épouse du nouveau chef de l’Etat ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, le Premier ministre français, François Fillon, a annoncé, en direct sur la télévision française France 24, et en des termes voilés que la France protègera le régime Ouattara face à toute tentative de déstabilisation venant de l’intérieur ou de l’extérieur de la Côte d’Ivoire. C’était le 14 juillet dernier au cours d’une rencontre à Abidjan avec les ressortissants français vivant en Côte d’Ivoire (ils sont environ 12.000 personnes, a-t-on appris). « La France est intervenue en Côte d’Ivoire pour empêcher un génocide et rétablir la démocratie. Les soldats français resteront sur place pour faire face à toute éventualité et leur nombre montera en puissance en fonction de la réalité du terrain. Plus de 300 soldats resteront à la base de Port-Bouët pour participer à la formation de la nouvelle armée ivoirienne », a soutenu M. Fillon. Tout en précisant que des soldats français s’en iront de la Côte d’Ivoire après la tenue des élections législatives dont ils assureront la sécurisation. Cette déclaration du Premier ministre français qui a été faite, sans aucun doute, dans un climat d’euphorie du « maître qui a repris son esclave », est apparue, à notre sens, comme une gaffe révélatrice. Qui infirme par la même occasion, les propos tenus par MM. Alassane Dramane Ouattara et François Fillon. Le Premier ministre français avait affirmé : « j’appelle tous ceux qui continuent à vouloir évoquer les relations entre la France et l’Afrique en parlant de Françafrique, à changer de vocabulaire et à changer de logiciel ». Quant au chef de l’Etat ivoirien, il avait ajouté : « ce sont des notions dépassées. Vous devez véritablement changer de logiciel, l’Afrique évolue vers la modernité ».

La clause secrète de 1961 ressuscitée

En avouant que la France s’opposera à toute velléité de déstabilisation du régime Ouattara et qu’elle participera activement à la formation de la nouvelle armée ivoirienne, le Premier ministre dévoile que la Françafrique n’est pas morte. Elle est si vivante que cet engagement de Paris constitue la résurgence du curieux l’accord de défense entre la Côte d’Ivoire et la France signé en avril 1961 dont une clause secrète prévoyait la protection du pouvoir Houphouët-Boigny par la France, en retour Paris exploitait en priorité exclusive les richesses minières et minéralogiques de la Côte d’Ivoire. Pendant plus de 30 ans, c’est ainsi que les choses se sont passées jusqu’à la mort d’Houphouët. 18 ans après la disparition d’Houphouët, la Françafrique revient au galop en Côte d’Ivoire et la clause secrète est ressuscitée. L’accord de défense que la France n’avait pas voulu activer sous Bédié (lors du coup d’Etat de décembre 1999) puis sous Gbagbo (alors que le pouvoir ivoirien faisait face à une rébellion armée ayant pour base arrière le Burkina Faso) est évoqué aujourd’hui par Paris avec le régime Ouattara. La France est même en lobbying au Ghana, a-t-on appris, pour ne pas le pays du Président Atta Mills serve de base arrière à une attaque armée contre le régime Ouattara. Ce que Paris n’avait pas fait pour Bédié ni Gbagbo auprès du Burkina Faso. La France avait même soutenu les rebelles.

Paris paie le salaire des fonctionnaires ivoiriens

Bédié et Gbagbo n’ont pas bénéficié de l’assistance de la France parce le premier et sa famille s’étaient posés en concurrents des multinationales françaises sur le marché ivoirien ; et le second prônait l’indépendance économique assortie de la diversification des partenaires économiques de la Côte d’Ivoire. Un crime de lèse-majesté pour la France. Ouattara, quant à lui, a montré dès 1991, ses « bonnes intentions françafricaines » en privatisation des senteurs entiers de l’économie ivoirienne au profit de la France. Paris a vu, très tôt, en Ouattara, son pion. L’ayant aidé à accéder au pouvoir en avril dernier, Paris trouve normal de le prendre par la main. D’où cette autre gaffe faite, le 15 juillet dernier, par le Premier ministre français lorsqu’il affirme que « c’est la France qui a payé les salaires des fonctionnaires ivoiriens ». Il s’agit de propos bien humiliants pour le chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara. Qui avait pourtant promis dès sa prise de pouvoir qu’il payerait les salaires des fonctionnaires. Nulle part, il n’a dit que c’est la France qu’il payerait ces salaires.

En faisant une telle déclaration, M. Fillon a mis assurément le chef de l’Etat ivoirien dans une posture pas reluisante aux yeux de l’opinion ivoirienne.

L’affaire Eva Joly

Autre gaffe émanant du Premier ministre français, la réponse de François Fillon, vendredi dernier, à l’écologiste française, Eva Joly, en présence du chef de l’Etat ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, à Abidjan. Réagissant aux propos de Mme Joly qui s’opposait au défilé militaire du 14 juillet en France, il a soutenu qu’elle n’a pas « une culture très ancienne de la tradition, de l’histoire et des valeurs françaises ». Ces propos jugés vexatoires ont suscité une polémique dans l’hexagone. Perçus de Côte d’Ivoire, ces propos sont gênants d’autant qu’Eva Joly est d’origine norvégienne. Attaquer ainsi une Française d’origine étrangère alors qu’on se trouve en Côte d’Ivoire où on a adoubé un chef d’Etat à qui une bonne partie de l’opinion ivoirienne attribue, à tort ou à raison, une origine voltaïque (voltaïque), constitue un mauvais pas diplomatique.

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