Pub Guinéenews - Guinea Line & Logistics Politique : Ce qui pourrait être les raisons profondes de l’attaque armée de la résidence du président de la République Alpha Condé

Publié le par GUILLAUME DELLOH

 

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posté le 25 juillet à 12h24 | mis à jour le 25 juillet à 13h15 | affiché 4032 fois
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Le 19 juillet 2011, comme on le sait déjà, le domicile du chef de l’État, le professeur Alpha Condé, a été victime d’une attaque armée faisant un mort et plusieurs blessés. Les jours qui ont suivi, l’équipe chargée de faire la lumière sur cette affaire, a procédé à l’arrestation de plusieurs civils et militaires dans les conditions, plus ou moins orthodoxes.

Pour connaître les raisons présumées profondes d’un tel acte des assaillants, qualifié de « barbare » par le gouvernement guinéen contre la résidence présidentielle, Guinéenews© a approché certaines sources généralement crédibles.

En effet, pendant la période de transition, dans les réformes des forces de défense et de sécurité, le général Sekouba Konaté avait procédé à l’augmentation de cent pour cent du salaire des militaires. Et cinquante pour cent de ce montant leur avait été payés avant la fin des élections présidentielles du 7 novembre dernier. Conscient de l’importance des réformes pour la naissance d’une armée républicaine, l’ancien président de la transition guinéenne, avant de quitter le pouvoir, avait conseillé le président Condé de continuer ces réformes.

Le président démocratiquement élu, Alpha Condé, dans ses promesses de campagne aux militaires, leur avait proposé l’augmentation de cent pour cent ; ce qui, à en croire nos sources d’information, avait obligé les forces de défense et de sécurité à voter massivement pour l’ancien étudiant de la Sorbonne lors des dernières élections présidentielles. Les statistiques du dernier vote en font foi !

Toutefois, après son investiture, le président Condé, quoi qu’annonçant la nécessité de poursuivre les réformes de l’armée engagées par le général Konaté, n’a pas su, accommoder les militaires en termes d’augmentation de salaire conformément à sa campagne pré-électorale, nous informe-t-on !

En fait, dans l’esprit des militaires, cette autre augmentation de leur salaire à cent pour cent n’avait rien à avoir avec celle faite par l’ancien président de la transition le général Sekouba Konaté, nous dit-on. Dans leur entendement donc, en plus des cent pour cent proposés et dont la moitié avait été payée par Konaté, le président Alpha Condé devait faire une autre augmentation de cent pour cent sur leur salaire, soit au total deux cent pour cent.

Faut-il se souvenir que le chef de l’État, lors de sa dernière visite au camp Alpha Yaya Diallo, avait tenu à clarifier ce point relatif à l’augmentation de salaire des forces armées. S’exprimant sur les médias d’État, il avait précisé que l’augmentation de salaire était de cent pour cent au total dont les cinquante pour cent avaient été déjà payés par le général Konaté et le reliquat (cinquante pour cent) devaient être payés par lui-même Alpha Condé au nom de l’État guinéen. Et effectivement, de source militaire, ce montant avait été payé aux militaires tel que promis par le président de la République. Ce paiement avait d’ailleurs été suivi par une campagne de sensibilisation que le ministre délégué à la Défense, Me Kabèlè Camara avait effectué dans les garnisons militaires, ajoute-t-on.

Dans la foulée, l’on rapporte que le « courage » du chef de l’État à aller au front contre la gabegie financière de la haute hiérarchie militaire, Alpha Condé l’a fait sans aucune mesure d’accompagnement, ce qui pousse les observateurs à dire que le président guinéen a risqué son pouvoir en procédant de telle façon.

En outre, Guinéenews© a appris que le fonds de souveraineté des forces armées, estimé à plus de dix milliards de nos francs (10.000.000.000 GNF) par mois, est destiné en réalité au renforcement de la sécurité territoriale et celle de nos frontières. Ce fonds, faut-il le rappeler avait été instauré depuis l’agression rebelle en 2000 sous le régime du feu général Lansana Conté, mais la ligne budgétaire de ce crédit a continué malgré la fin de la guerre. Aussi, nous affirme-t-on, ce fonds, détourné au bout du chemin, car n’arrivant pas sinon rarement aux ayants droits, serait également l’une des causes profondes de l’attaque perpétrée contre la résidence du président de la République le 19 juillet dernier. Car, dit-on, le président Alpha Condé a fermé toutes les vannes à travers l’unicité des caisses alors que les militaires, du moins les officiers supérieurs de l’ère Conté et ceux actuels sont habitués à une vie d’opulence par l’entremise de ce fonds !

Selon nos informations, le professeur Alpha Condé, ayant compris que ce fonds était mal géré ou tout au moins qu’il y avait un flou au tour de sa destination, a tout de suite jugé opportun de le bloquer dans les caisses du trésor public guinéen. D’où le mécontentement d’une frange de militaires, rapporte-t-on.

Les brimades, les remontrances voire souvent des humiliations publiques qu’Alpha Condé faisait subir à ses gardes du corps et à certains officiers supérieurs avaient commencé à les agacer. Ce manque d’égard pour les militaires était accepté avec flegme depuis six mois. Mais, pouvaient-ils l’endurer longtemps ?

A cela, il faut ajouter la suppression anecdotique de certains avantages farfelus que les militaires avaient obtenus sous Dadis comme l’abonnement du camp Alpha Yaya Diallo à une brasserie pour la livraison régulière de bières fraiches et gratuites. La résiliation de ce contrat d’abonnement n’était certainement pas du goût de tout le monde dans la hiérarchie militaire…..

Certains vont jusqu’à justifier le retard pris pour l’arrivée du renfort au domicile présidentiel la nuit de l’attaque par une volonté d’une partie des militaires de faire payer au président son mépris à l’égard des militaires. Et depuis, cet attentat, justifie-t-on, les soldats sont traités avec plus de déférence par le président et il serait moins regardant sur les dépenses et frais qu’occasionnent les patrouilles et autres besoins.

Cette démarche dans une période où la Guinée semble être la voie favorite de la plupart des investisseurs étrangers, constitue un coup dur à la jeune démocratie guinéenne. En plus, faut-il le souligner, le comportement belliqueux de certains militaires chargés de faire des enquêtes et qui continuent de restreindre les libertés individuelles et collectives dans le pays, vient aggraver cette situation.

Ainsi, en attendant que la justice fasse son travail en toute transparence sur cette affaire, il serait nécessaire, voire indispensable que le président Alpha Condé demande aux forces de sécurité de faire preuve de retenue à l’égard des citoyens. Car autant il faut dénoncer et condamner l’atteinte à la vie d’un individu ou d’un chef de l’État, de la même façon, il faut condamner avec énergie le dérapage des enquêteurs face à certains manquements des droits humains fondamentaux, estiment les observateurs.
 
Youssouf Boundou Sylla
Gatineau, Canada

Publié dans Guinée

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