La culture du faux dans un pays d’intègres

Publié le par GUILLAUME DELLOH

Vous est-il arrivé de participer à un atelier de formation de quelques jours au Burkina Faso ? Ils pourront être en nombre limité ceux qui peuvent répondre par l’affirmative et ce, par comparaison entre ceux-là qui ont les possibilités de participer aux formations et séminaires et ceux qui n’en disposent pas.
Organiser un atelier ou une conférence fait désormais partie des éléments basiques du fonctionnement de notre société. Les raisons de ces activités sont toujours défendables et indispensables : renforcement des capacités, information et communication, concertation entre acteurs d’un secteur, etc. En soi, il n’y a rien à reprocher à des gens qui tiennent pareilles activités. Ça va dans l’ordre normal des choses !

Mais de plus en plus, les ateliers et les conférences paraissent comme de véritables casernes d’Ali Baba investis et construits par une certaine rapacité sans scrupule.

Ils sont des occasions de se remplir les poches en attendant ou pour arrondir les fins de mois majoritairement tendus. S’il faut donner à César ce qui lui appartient, s’il faut que le travailleur mérite son salaire, s’il faut reconnaitre des droits à ceux qui en ont, il est absolument dommageable que les uns et les autres transforment en mal ce qui devrait relever du bien. Du mal car des sommes d’argent sont détournées à d’autres objectifs que ceux pour lesquels elles étaient destinées.

On n’en voudrait personne si l’argent détourné n’était que quelques milles ; mais le phénomène est tellement développé et bien huilé que ce qui sort s’avère astronomique.

Le mode opérateur passe souvent inaperçu pour les non avertis. Ou du moins, chacun sait ce qui se passe mais préfère faire avec tout simplement. Normal !!! Pour exemple, aller pour assurer la couverture médiatique d’un événement, nous avons vu circuler deux listes pour les participants : une première datée ; une seconde non datée. Cette dernière cause problème car sa date sera remplie par les organisateurs, à dessein… Un autre cas est une mission dans une des localités de la région du Nord. Le chef de mission qui accompagnait les journalistes pour une journée de mission a demandé à l’autorité de marquer sur l’ordre de mission deux dates correspondant à deux jours de mission. En une journée de mission, on se fait payer deux jours…quitte à fabriquer les justificatifs.

Ces justificatifs sont toujours bien faits, bien renseignés mais fondés sur du faux et de la fausseté. Les acteurs de développement et de la vie active, financés par l’argent des uns semblent avoir construit un réseau ; ou plus exactement un empire du faux. Il est courant de voir des comptables, des gestionnaires sous l’instigation de leur supérieur hiérarchique fabriquer ou imiter des signatures pour faire sortir ou justifier de l’argent détourné à autre chose. Tout le monde s’en sert à son grade. Des associations qui bénéficient du financement de partenaires préfèrent utiliser l’argent destiné aux activités pour se sucrer ou se faire un nom dans la société. On circule avec des chéquiers dont les signataires sont souvent le président de l’association et un de ses proches ; ce qui facilite les opérations de retrait.

Tant pis après quand le compte est vide ; tant pis après si les activités ne sont pas réalisées ou sont réalisées au rabais ; dans tous les cas, on peut fabriquer des papiers pour justifier. Ce qui est malheureux est que les faussaires sont en majorité ceux qui se croient saints ou qui prêchent la bonne gouvernance et la transparence. L’argent financé dans le cadre de la lutte pour la bonne gouvernance et la transparence n’a jamais aussi été utilisé dans le flou et le noir.

Il est vrai qu’on ne peut donner à manger à un enfant sans se lécher les doigts ; il est vrai que le salaire servi aux travailleurs du public comme du privé ne couvre pas tous les besoins ; il est vrai qu’on a toujours besoin de sous pour arrondir ses mois ; il est vrai que la corruption et la mal gouvernance sont devenus des phénomènes de société chez nous à telle enseigne que se démarquer de la tendance générale, c’est de se priver de jouissances ; il est vrai qu’en haut on ne donne pas l’exemple ; il est vrai en tout et pour…

Mais doit-on continuer dans la direction dans laquelle on surfe actuellement avec beaucoup de bonheur surtout pour les " uns " ? Doit-on continuer d’utiliser autrement l’argent destiné à nos activités de développement ? Doit-on continuer à apprendre à nos enfants que les " deal ", les " affaires ", le " gombo ", le " blé " rythment le monde ?

Oui peut-être ! Parce que certains se sont construits une belle vie, des belles villas ; certains ou certaines se tapent les filles ou les garçons " chocos " des villes et campagnes grâce au pouvoir de l’argent ; d’autres se paient de belles " caisses " et dorment dans des maisons d’un niveau XXL regardant à travers leurs vitres les " etc. " en train de chauffer leur tô, vieux de trois jours pour se chauffer le ventre…Enfin oui car l’argent gouverne le monde tout comme les nombres pour paraphraser Auguste Compte…. !!!

Non peut-être parce que l’argent de l’Etat appartient à tous et à personne ; parce que tout le monde le fait sans qu’il n’y ait problèmes ; la preuve le Burkina vit ; le Burkina " émerge " ; le Burkina est pauvre avec près 44% de personne en dessous du seuil de pauvreté ; le Burkina Faso reste, demeure et demeurera….Malgré tout, envers tout, tant pis pour ceux qui n’en profitent pas….

Mais, mais, on attendra de voir ; que ce soit dans ce siècle et le futur ; que ce soit cette génération et les autres à venir : on sera obligé de reconsidérer nos applications !

Publié dans Burkina Faso

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