Economie: Alassane Ouattara se livre à la mendicité devant Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale

Publié le par GUILLAUME DELLOH

 

Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale, et Alassane Ouattara, chef de l
Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale, et Alassane Ouattara, chef de l'Etat, le 04 septembre 2012 à Abidjan.

Publié le mercredi 05 septembre 2012 | IVOIREBUSINESS ABIDJAN – Une chose aura retenu l’attention de tous les analystes politiques à l’occasion de la visite de Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale

à Abidjan : C’est la main tendue, quasi obsessionnelle d’Alassane Dramane Ouattara chef de l’Etat, à son hôte, lui demandant de la manière la plus directe qui soit, de doubler l’aide accordée à la Banque mondiale à la Côte d’Ivoire. Les mauvaises langues ont d’ailleurs parlé d’acte de mendicité.

Le nouveau président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, comme on le sait, a consacré son premier voyage officiel à l`Afrique.
Et le choix d’Abidjan comme première escale avant même l’Afrique du Sud et d’autres destinations, n’est pas le fruit du hasard. Un énorme danger guette l’Afrique de l’Ouest, et ce danger a pour épicentre, la Côte d’Ivoire, moteur de la sous-région. Cela se murmure dans les milieux huppés de la Banque.
C’est donc tel un pompier que Jim Yong Kim a débarqué en Côte d’Ivoire, pour tenter d’éteindre le feu qui couve dans la maison ivoirienne, et qui est en passe d’embraser la sous-région.
En effet, la Côte d’Ivoire tire 50% de ses ressources multilatérales de la Banque mondiale et représente elle-même 40% du produit intérieur brut de la sous-région. Il lui faut retrouver rapidement sa stabilité, car l’instabilité chronique dans laquelle elle baigne depuis plus d’un an, commence sérieusement à inquiéter. Et la bonne gouvernance n’est toujours pas d’actualité dans le pays.
Jim Yong Kim ne l’a d’ailleurs pas caché à son hôte. Il lui a dit qu’il est impératif et vital que la Côte d’Ivoire retrouve la paix et la stabilité. Selon un communiqué de la banque mondiale, Jim Yong Kim est venu à Abidjan découvrir le point de vue de M. Ouattara, qui est actuellement président de la Communauté économique des Etats de l`Afrique de l`Ouest (Cédéao) "sur les crises dans la sous-région et sur la manière dont la Banque Mondiale pourrait mieux appuyer les efforts de sortie de ces crises".

Les reformes, en matières de bonne gouvernance, dans le domaine agricole, dans celui de l’énergie et des mines, et dans celui de l’armée, ont également été au menu des échanges entre les deux hommes. Le communiqué de la Banque le dit clairement : Jim Yong Kim est à Abidjan pour "s`enquérir des progrès sur la question de la sécurité et de la réconciliation" en Côte d`Ivoire, où les investissements du Groupe de la Banque mondiale dans les programmes de développement se montent à environ un milliard de dollars.
Et le président de la Banque mondiale de le souligner dans son allocution devant son hôte: "Les efforts de paix et de réconciliation entrepris par la Côte d`Ivoire sont des éléments importants pour jeter les bases d`un développement durable sur le territoire ivoirien et dans les pays voisins. J`espère en apprendre davantage sur la manière dont la Banque peut aider plus efficacement les États fragiles et les pays sortant d`un conflit à assurer leur transition vers la stabilité et le développement".

Ces réformes, comme on le voit, sont des conditions nécessaires afin que la Banque double ses décaissements en destination de la Côte d’Ivoire.

Autrement dit, la demande du chef de l’Etat ivoirien à la Banque, d’accroitre ses prêts à la Côte d’Ivoire, a été poliment refusée par Jim Yong Kim.
Les critères pour obtenir plus de décaissements sont connus, et il faut d’abord les respecter, a dit en privé le président JIM à Alassane Ouattara.
Cette demande de prêts de la Côte d’Ivoire à la Banque mondiale arrive au moment où le pays connait de graves tensions de trésorerie, sur fond de scandales financiers qui ont éclaboussé ces derniers temps le pouvoir.

Après le scandale d’attribution d’un marché douteux au ministère de la Salubrité publique qui a failli couter son poste à la ministre Anne Oulotto (Bulldozer), et celui de l’indemnisation de victimes des déchets toxiques qui a couté son poste au ministre Adama Bictogo, le dernier scandale en date a concerné l’université d’Abidjan.
L’argentier du ministère de l’enseignement supérieur et de la rechercher scientifique est accusé d’avoir détourné plus de 40 milliards de Fcfa, dans les travaux de réhabilitation de l’université d’Abidjan.

Le nommé MEITE Adama, Directeur des Finances et du Patrimoine du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, et homme de main du ministre Cissé Bacongo, est soupçonné d’avoir détourné la rondelette somme de 40 milliards de Fcfa, dans les faramineux contrats de réhabilitation des universités ivoiriennes.

Selon nos sources, ce scandale a été évoqué lors de la visite de Jim Yong Kim. Alassane Ouattara a promis à son hôte de faire la lumière sur cette affaire.

Pour rappel, Jim Yong Kim, un médecin et anthropologue américano-coréen de 52 ans, a pris ses fonctions début juillet, succédant à Robert Zoellick.

Choisi par le président Barack Obama, M. Kim avait été nommé à la tête de la Banque mondiale, une multinationale du développement basée à Washington et qui compte 187 Etats-membres, après avoir affronté la concurrence inédite de la ministre des Finances nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, qui réclamait un processus de sélection "plus transparent".

Selon une règle non écrite, les Américains désignent un des leurs à la tête de la Banque mondiale, tandis que la direction du Fonds monétaire international (FMI) est réservée à un Européen.

Patrice Lecomte

 

Publié dans Cote d'ivoire

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