Eburnie: LA MARCHE DES Fantômes

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La Côte d
La Côte d'Ivoire ou Eburnie.

Le 21 août 2012 par IVOIREBUSINESS - Eburnie lève-toi et parle à tes enfants. Écoute

le tambour, ce sont les bruits des canons. Ils reviennent. Ce sont de mes frères dont-ils parlent. C’est de ma sœur dont il s’agit. J’entends le bruit des sanglots de l’enfant dans mon ventre alors que je ne suis pas enceinte. Les fantômes ricanent. Les mort-nées pleurent. Ah, vers quelle âme faut-il que je me tourne ? A qui faut-il que je m’adresse ? Tous, les miens. Tous, mes frères. Tous, mes enfants. Les bons. Les mauvais. Tous les enfants d’une même et seule mère. Ma patrie. La Côte d’Ivoire.

Regardez mon dernier né qui lui déjà veut se prendre pour le prince et diriger mon terroir. Enfant, aurais-tu dans ton acharnement oublié tes frères ? Est ce pour moi que gronde ce tambours ? Aurais-tu peur du fantôme si tu ne crains pas Dieu? Ah mon fils, tu entends ces ricanements la bas? C lui. Il arrive. Touche-moi. Je suis faite de sable. Je suis faite d’eau. Je suis faite de vent. C hier que tu m'as tuée. Hier, lorsque j'ai fait de toi mon second née, mon héritier. C hier que je me suis trompée. Hier, lorsque le prince est mort dans mon ventre mais vois-tu, je suis ressuscitée car la patrie ne meure jamais. Elle observe. Elle survit toujours.
Alors tu vois, vas-y, frappes-moi. Je ne sens plus rien. Mille fois, je retourne la question de la guerre et je ne parlerai pas de la dérision de son inutilité ici. Pourquoi, faut-il qu'un frère tue un autre? Pourquoi le mot pardon est subitement devenu NUL dans une famille? Pourquoi les enfants d'une même femme sont-ils si divisées qu'ils fassent appel a leurs anciens bourreaux pour juger les-leurs? Je ne comprends pas mais je suis une femme et je représente la terre. Dans ma mort d'hier j'ai vu les fantômes se réunir. Des villages entiers ont perdu des hommes et ces hommes dans la nuit errent dans la ville parce qu'ils sont encore-la. Ils refusent de partir car ils n'ont pas de tombes pour se reposer. Je marche dans leurs tombeaux ambulants et j’entends leurs murmures. Je vois des tètes tranchées, des trous dans le ventre, des hommes sans visages, j'entends encore les pleurs des enfants lorsqu’ils brûlaient dans le ventre des futures mères dont les vies furent interrompues par les coups de matraques pendant l’attaque de villages entiers. Les morts ne savent pas. Ils sont partie mais les esprits sont rentrés dans les survivants qui eux sont devenus des fantômes. La colère immonde monte. Le frère qui n’est pas vengé. La sœur violée. L’enfant dont la vie a été interrompue pleure. Les fantômes dans la nuit remplissent notre Abidjan de ''HOU'' en ricanant de colère parce que les fantômes ne pleurent pas, ils se vengent. Et la peur tombe sur la ville. Le diable alors panique. Il a peur et tue de plus bel. Mais combien de morts faut-il pour satisfaire un fantôme et pourtant il y en a des milliers. Mes frères. Eburnie c’est moi et je vous demande pardon. Pardon. Parce que je suis une femme et vos sœurs peuvent encore enfanter. Pardon. Pardon pour l’irréparable. Pardon pour le mal grotesque et inutile. Je loue votre courage. De part et d’autre, je vous demande pardon. Et si on priait ensemble plutôt. Et si Dieu nous entendait. Que lui dirions-nous ? Moi aussi mes blessures sont récentes et mes cicatrices me rappellent mes anciennes plaies. Je ne peux effacer mes douleurs et faire semblant de ne pas entendre les cris de l'agonie enfouie au fond de moi. Non. Je n'oublie pas. Je ferme les yeux pour ne pas voir le mal autour de moi. Je me bouche les oreilles pour ne pas entendre les coups de canons. C'est de mes frères dont on parle. C'est de ma sœur dont il s'agit. Tous les miens. Je voudrais avoir une baguette magique pour effacer ce temps. Je voudrais être une fée pour choisir le temps. Si Dieu m'entendait je lui dirais de me rendre les miens. S'il m'entendait je lui parlerais de toi. Ma patrie. Maman. Comme beaucoup d'autres, je ne dors plus. Tant j'ai soif. La soif de la fin du mal. La soif du rétablissement. La restauration. Quoi. Avez-vous entendu les tambours? Encore ? Faut-il se battre? Non. Regardez comme la misère s'empare de nous. Jusques a quand porterons-nous ces armes? Jusques a quand porterons-nous ce fardeau? Les Africains sont-ils si loin de la véritable issue? Y a t-il un corridor par ici que j'en fasse mon havre de paix? Montrez-moi l'amour que j'en fasse une chanson pour toi. Ma muse. Voila, je pose mes armes et je m'étale a même le sol dans cette marre de pleurs, moi qui ne voulais plus entendre les sanglots, j'entends pleurer l'enfant dans mon ventre et pourtant je ne suis pas enceinte. Pose ton arme.
Que l'on se taise. Que l'on se calme. Tout ce vacarme ne sert à rien qu'a la destruction de ce que l'on pensait construire. N'ai-je pas ouvert mes bras moi une femme? T'ai-je maudit? Non. Il ne sert à rien de continuer de se tuer. Si cela continue, un jour ma terre s'ouvrira et engloutira tous ceux qui continuent de faire du mal inutilement. Dieu nous a fait grâce des membres et il nous a fait grâce de la langue. Utilisons la parole pour nous expliquer et honorer Dieu dans ce moment de grâce alors les fantômes arrêteront de nous disperser et s'en iront se reposer avec leur ricanements. Tous, vous êtes mes enfants et un jour, je ferai de mon dernier née mon roi mais lui, n’est pas encore né. Il n’est pas encore là. Et l’on ne peut le choisir dans ce vacarme parmi vous. Prêtez l’oreille et attendez. Juste pour aujourd’hui, surtout à cause de demain. C’est moi, Eburnée, la reine sur qui aujourd’hui vous marchez. C’est moi que vous salissez. Faites. Je vous regarde.

La Fabuleuse

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