ATTEINTE A LA LIBERTE DE PRESSE EN GUINEE : Acte honteux, revirement salutaire

Publié le par GUILLAUME DELLOH

Depuis le 28 juillet dernier, les médias guinéens peuvent à nouveau traiter librement de la tentative d’assassinat du chef de l’Etat Alpha Condé. Cette liberté retrouvée est la conséquence de la levée de la mesure d’interdiction temporaire, prise en début de semaine dernière par le Conseil national de la communication (CNC), un organe gouvernemental, de "toute émission à caractère politique en français et dans toutes les langues sur toute l’étendue du territoire". Ouf ! Il était temps ! Même si le CNC laisse toujours planer l’épée de Damoclès qui peut tomber à tout moment, "en cas de dérapage". En tout cas, on respire après la levée de cette mesure qui a fait jaser tant en Guinée qu’à l’extérieur.

L’ancienne puissance colonisatrice, la France, a même donné de la voix en dénonçant une « atteinte grave à la liberté d’expression », avant de demander la levée de cette mesure. Une attitude suffisamment inhabituelle pour ne pas être soulignée, étant donné que dans ce genre de situation, la France officielle évite généralement de prendre position. C’est plutôt une association comme Reporters sans frontières qui a l’habitude de monter au créneau. D’ailleurs, cette dernière est restée fidèle à sa réputation et a réagi en qualifiant de « mesure liberticide » la suspension des émissions sur la tentative d’assassinat de Alpha Condé.

La sortie de l’ancienne métropole est-elle pour quelque chose dans la levée de la mesure ? C’est possible. Par contre, ce dont on est sûr, c’est que la mesure est aujourd’hui abrogée et que, surtout, le CNC a reculé, même si cet organe gouvernemental de régulation des médias et le gouvernement guinéen, disent le contraire. En effet, la présidente du CNC, Martine Condé, n’y voit pas un recul, mais plutôt un respect strict de la loi qui prévoit que toute mesure provisoire prise soit levée au bout de 72 heures.

De son côté, le ministre de la Communication, Dirius Yalé Doré, a fait savoir que la mesure avait été prise pour calmer les esprits après l’attentat. Il estime que la liberté de presse et la liberté d’opinion n’ont été nullement remises en cause. Il faut bien trouver une parade pour justifier l’annulation d’une mesure dont la Guinée aurait dû faire l’économie. L’acte posé est honteux dans un système démocratique, certes. Mais le revirement opéré est salutaire. Il faut saluer la nouvelle décision des autorités, d’autant qu’elles auraient pu s’entêter en invoquant des raisons de souveraineté nationale.

Dans tous les cas, il faut espérer que le régime de Conakry a suffisamment mesuré la gravité de l’acte pour ne pas avoir à recommencer. En tout état de cause, le tollé général qui a suivi l’annonce de cette mesure a donné tort aux auteurs qui, s’ils ont vraiment tiré leçon de cette malheureuse tentative de caporalisation des médias, ne manqueront pas prochainement de réfléchir par deux fois avant d’agir.

Séni DABO

Le Pays

 

 

 

 

 

 

 

 


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