Article 37 : Blaise ou « l’anthologie » du mystère

Publié le par GUILLAUME DELLOH

 

Il a suffi qu’à la remise du rapport du Conseil consultatif sur les réformes politiques (CCRP), le jeudi 21 juillet 2011, le commanditaire dise vouloir "œuvrer au respect de la Constitution" pour que ceux qui sont contre le tripatouillage de notre loi fondamentale (et dont nous sommes ici à l’Observateur) se disent « ça y est ! ».

Mais « ça y est » pas encore et « le devoir de vigilance » s’impose pour reprendre le titre de notre "Commentons l’événement" du lundi 18 juillet courant ; car le président du Faso, comme à son habitude, n’a pas été clair sur ses intentions, préférant être énigmatique et laisser libre cours aux commentaires et/ou aux fantasmes des uns et des autres.

Que dit la Constitution en effet ? Certes que le mandat présidentiel est de cinq ans renouvelable une seule fois, mais cette disposition n’étant pas canonique, rien dans cette charte n’interdit de sauter le verrou… le plus constitutionnellement du monde. Alors , quand le sphinx de Kosyam affirme, la main sur le cœur, qu’il veut(même pas qu’il va) respecter notre tenkugri (1), avant de s’en réjouir, il faut savoir de quoi il parle vraiment, or Blaise, c’est "l’anthologie" du mystère en personne.

Tout se passe comme si le premier magistrat burkinabé prenait un malin plaisir à jouer à l’énigmatique pour faire mariner ses adversaires dans leur propre jus afin, le moment venu, de leur porter l’estocade finale ou, au contraire, de leur réserver la surprise du chef comme il sait si bien le faire ; si donc une bataille décisive a été gagnée au niveau du CCRP, la guerre, elle, est loin de l’être.

C’est pourquoi il faut faire attention quand on invoque à propos de tout et de n’importe quoi « le peuple », mot tellement galvaudé qu’il ne signifie d’ailleurs plus grand-chose ; car ce n’est pas seulement le peuple des universités ou de la Bourse du travail ; ce n’est pas seulement le peuple du Collectif, du pays réel et des médias, qui ne daigne même pas s’inscrire sur les listes électorales ou qui préfère aller taquiner la truite le jour du scrutin ; ce n’est même pas uniquement le peuple de Ouagadougou ou de Bobo-Dioulasso, volontiers frondeur mais qui ne décide pas seul du sort d’une élection ; c’est aussi et peut-être surtout le peuple de Toessin, de Saponé, de Zorgho, de Toma, de Falagountou, de Matiakoali, etc.

Bien sûr, on espère qu’à supposé même que l’intention de jouer les prolongations ait jamais effleuré son esprit, Blaise Compaoré aura aujourd’hui l’intelligence politique et la sagesse, au regard de la situation nationale et du contexte international, de ne pas foncer droit dans le mur comme son ex-homologue nigérien Mamadou Tandja.

Il n’empêche, les antitripatouilleurs devraient prendre garde à ne pas tresser la verge avec laquelle l’enfant terrible de Ziniaré pourrait les fouetter constitutionnellement ; car, s’il est machiavélique comme tout bon prince qui se respecte, il pourrait dire à ses contempteurs : « Puisque la classe politique et la société civile ne s’entendent pas sur les sujets qui fâchent, je vais en référer au peuple souverain de qui je tiens mon naam ».

Or on sait que ce peuple dont tout le monde se réclame est volontiers légitimiste pour diverses raisons et c’est ce même peuple qui l’a régulièrement élu à hauteur d’homme, fût-ce dans les circonstances qu’on sait. C’est donc ce même bon peuple du Burkina profond, qui n’a ni route ni électricité ni nourriture, sans éducation et fauché comme les blés, qui applaudira à tout rompre en cas de référendum. Vous prétendez avoir le peuple avec vous ?

Eh bien, votre peuple, par un oui franc et massif, a décidé la modification constitutionnelle qui saute, entre autres dispositions, le verrou de la limitation des baux à la présidence. Et voici le beau Blaise paré d’une nouvelle virginité politique jusqu’à ce que mort s’ensuive, car si tripatouillage il devait y avoir, ce serait bien la peine de se donner toute cette peine pour s’arrêter en si bon chemin.

On entend déjà ses fidèles pousser des cris d’orfraie : « Où est le problème alors ? Si justement les autres ne veulent pas qu’on consulte le peuple, c’est parce qu’ils savent qu’ils sont d’avance battus ». Il est vrai que quand 34 partis politiques cornaqués par le chef de file de l’opposition lui-même ne parviennent pas à remplir la place de la Nation, on peut émettre de sérieux doutes sur leur représentativité.

Mais on le sait tous, à commencer par le premier concerné, cette affaire matricielle de l’article 37 n’est pas une simple question d’arithmétique électorale, et on aurait tort de la réduire à cela ; sauf à vouloir, comme Tandja, foncer droit dans le mur.

Ousséni Ilboudo

- (1) "Fétiche" en mooré, mot qui désigne ici la Constitution

L’Observateur Paalga

Publié dans Burkina Faso

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