Arrestation de militaires français: Les aveux d’Hamed Bakayoko

Publié le par GUILLAUME DELLOH

 


Le ministre de l’Intérieur d’Alassane Ouattara, Hamed Bakayoko, était l’invité hier de France 24, où il est revenu sur les raisons jusque-là inavouées de l’arrestation des trois militaires français.

L’aveu est de taille. Et lève un coin du voile sur les raisons profondes de l’arrestation, samedi 20 août dernier, de trois ex-officiers français. C’est au cours de l’entretien qu’il a accordé à France 24, télévision contrôlée par l’Exécutif français, que le ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko, a livré l’information.

Les ex-militaires français cueillis dans une résidence et à l’aéroport par les hommes du Cdt Wattao, ont été arrêtés pour une seule raison. Pour avoir collaboré avec le pouvoir du président Gbagbo. «Ces militaires français ont été arrêtés tout simplement parce qu’ils sont en relation avec une personne qui est sous surveillance, M. Frédéric Lafont. Sur qui pèse de lourds soupçons de collaboration avec le régime Gbagbo», a déclaré le plus naturellement possible Hamed Bakayoko. Selon ses explications, M. Lafont et ses collaborateurs (ex-militaires français) auraient transporté des armes pour l’ancien régime et «travaillé à la formation des milices et du Cecos, travaillé pour la sécurité de Séka Séka, l’aide camp de Mme Gbagbo». C’est pourquoi, poursuit le ministre de l’Intérieur, leurs hommes sont intervenus en urgence et mettre ainsi aux arrêts ces ex-militaires Français qui arrivent sur «un territoire (la Côte d’Ivoire, ndlr) dans un contexte très sensible comme celui-là». Relevant au passage qu’aucune charge n’a été retenue contre ces ex-officiers français. «Etre français ne vous met pas au-dessus de la loi en Côte d’Ivoire, il faut que ça soit clair», a précisé Hamed Bakayoko.

Pas de sanction contre Wattao Sur des allégations de sanctions contre Wattao, Hamed Bakayoko a été on ne peu plus clair. Pas de sanctions contre le Commandant en second de la Garde républicaine dans le cadre de cette affaire.

«Nous gérons cette affaire avec sérénité. Les gens veulent nous créer des contradictions inutiles. On voit ça venir. On veut créer une contradiction pour que le président Ouattara soit obligé aussi rapidement, dans la précipitation, de prendre des sanctions contre ceux qui l’ont soutenu, pour que cela créé une espèce de contradiction à l’intérieur. Non! Nous avons interpellé le commandant Wattao, il le sait», a expliqué le ministre de l’Intérieur. Pour lui, pas question de sanctionner quelqu’un (le Cdt Wattao, ndlr) qui a soutenu fortement Ouattara dans sa prise de pouvoir. Alors que pour un «dysfonctionnement» à la Rti, Brou Aka Pascal, qui n’en était aucunement coupable, a été limogé presqu’aussitôt depuis l’aéroport par Alassane Ouattara.

C’est clair, il sera difficile et presqu’impossible pour Ouattara et ses hommes de sanctionner dans son propre camp. Le message est clair : les ex-comzones peuvent tout faire, rien ne leur arrivera.

 

Frank Toti

ftoti@nouveaucourrier.com

 

Source: Le Nouveau Courrier

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Les contradictions du régime Ouattara

Opération «couvrir Wattao quoiqu’il en coûte». Dans sa dernière interview à France 24, Hamed Bakayoko a usé d’une telle langue de bois qu’elle aurait pu transformer la forêt de Taï en un vaste désert… Mais le tout puissant ministre de l’Intérieur du régime Ouattara a aussi étalé les contradictions de la nébuleuse qui gouverne la Côte d’Ivoire et son indécision quant à la réponse médiatique face à cette affaire. Aujourd’hui, Bakayoko assume jusqu’au bout et affirme qu’il a autorisé le groupe de Wattao à interpeller les trois Français. Il était en amont de la prise de décision, donc. Ce n’est pas exactement ce qu’il a dit dans l’interview donnée à FranceSoir. «Je me suis renseigné. L’affaire est remontée jusqu’à moi et jusqu’au président de la République qui m’a demandé de faire toute la lumière sur cette affaire. (…) Vous connaissez le contexte– dans l’urgence – quand on reçoit l’information il faut savoir agir justement, dans l’urgence. Il sont reçu l’information et ont estimé qu’il fallait agir vite et ne pas laisser filer. Après, les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) ont passé le relais aux gendarmes et à la police», affirmait-il. Ce sont les propos d’un homme qui était en aval, et s’est informé sur une situation qui existait déjà et qui avait déjà été «gérée» par un autre corps.

En plus, si la procédure était si «normale» que cela, gérée par le ministre de l’Intérieur, pourquoi diantre le chef de l’Etat a demandé une enquête là où tout est censé avoir été régulier et transparent? Malaise.

Un malaise accru par cette confidence faite à Jeune Afrique par un officier «proche de l’enquête». «Il s’agit tout simplement d’un braquage mal ficelé, sur la

base d’une dénonciaton calomnieuse comme prétexte. Les agissements de certains membres des Forces républicaines de Côte d’Ivoire, posent de réels problèmes de sécurité publique. Et cette fois, les éléments de Wattao sont tombés sur les mauvaises personnes».

Ces propos murmurés sont en tout cas bien plus crédibles que ceux de Hamed Bakayoko, qui marquent la reculade d’Alassane Ouattara face à la criminalisation rampante de la force publique en Côte d’Ivoire. Un mauvais signe pour les investisseurs.

 

B.S.

Publié dans Cote d'ivoire

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